Mets lui vite un cataplasme ou de la glace pilée sur la cervelle, son sang gicle partout !

Tu es malade ou c’est le soleil ? Comment tu peux oublier qu’on est en plein désert !

Mais qu’est ce qui nous a donc pris ? On était si bien, pelotés prés de notre cheminée.

C’est toi qui voulait savourer sous les étoîles les joies des feux de camp sur le sable !

Tu n’avais qu’à nous emmener sur une plage…  Au lieu de se ruer comme ça à l’aventure.

Et qui c’est qui a insisté avec sa fichue mission humanitaire de sainte à la noix, pas moi !

Mais qu’est ce qu’on va bien pouvoir faire, on est en train de la perdre, Mon Dieu, Pitié !

Ne crie pas, tu vas nous faire repérer. Déjà que j’en crois pas mes yeux de les avoir semés… Et ne me parle pas de “perdre”, ce cauchemar a commencé dés qu’on rencontré ce retrouveur, ce sorcier à qui tu as donné “le bon dieu sans confession” juste pour entendre ce charlatan te dire que ta sœur était encore en vie….

Comment pouvais-je savoir qu’ un marabout aussi célèbre était en même temps un dangereux terroriste !

…… Les kalachnikovs ne chantèrent pas longtemps, chaque balle travailla proprement.

Une piste aussi grossière ne pouvait tromper indéfiniment les traqueurs en chasse.

Surtout qu’il s’agissait de trois “wanted” impies aux têtes mises à un prix faramineux.

L’émir ayant ordonné de ne faire aucun quartier, les corps furent réduits en bouillie.

Cette fois, les bédouins arrivèrent trop tard pour sauver les touristes malencontreux.

Absorbés par les oubliettes du sahara, leurs restes comme leur sort disparaissent.

Tout comme ceux de ces nombreux “promeneurs” imprudents, la camera au poing.

Il avait été inutile de les alerter des dangers, la menace les excitait ou les laissait de marbre.

Charters aidant, les suicidaires en chapeau de colon avaient succédé aux missionnaires en soutane.

Tant les uns que les autres figuraient des cataractes d’eau claire se jetant ardemment dans le feu.

Contrer la fatalité promise à ces écervelés était devenu un art prisé parmi la jeunesse locale.

Les adolescents piaffaient d’impatience de “gagner un jour une vie”, suprême trophée s’il en est.

On leur avait appris à croire que les cœurs sont faits de larmes de pluie et que rien ne vaut l’eau.

Ceux qui avaient réussi cet exploit devenaient des héros, adulés par femmes et Anciens du clan.

Leurs ennemis jurés, preneurs d’otage, racketteurs, mercenaires, restaient à distance respectueuse.

Ils ne pouvaient faire autrement, toute attaque frontale entraînerait des représailles des tribus.

Alors tout ce beau monde se regardait en chiens de faïence, attendant l’atterrissage des avions.

Tandis que ce bord ci choisissait ses cibles, l’autre s’activait pour protéger sans se faire remarquer.

A une vitesse foudroyante pour des territoires aussi lourds de traditions, cette routine s’était installée.

Tout un chacun comprenait que l’arrivée de ces étrangers empêchait à leur insu une guerre généralisée.

Laissés entre eux, tribus et brigands n’auraient d’autre choix que l’affrontement et l’effusion de vies.

Mais tous sentaient qu’un jour viendrait où le flot de “victimes expiatoires” se tarirait peu à peu.

La récente trêve serait rompue sans les poussins qui sortaient des oiseaux d’acier.

Au nord, tout indiquait le déclin de la démocratie, la mère poule généreuse.

Une fois mise en pièces, le ciel se videra de ses nuages avant de s’obscurcir.

Promesse d’un jour nouveau ou d’une nouvelle nuit éternelle, qui sait…