Taillé dans l’ébène à une époque où les bennes n’avaient pas encore supplanté les forêts, il supportait stoïquement le soleil féroce et les vents furieux.

Sans vergogne, les colonnes de termites s’entêtaient à vouloir le grignoter, en vain, il était bien trop dur et sec, sans aucune fissure ou défaut de “couture”.

La tente caïdale tissée de poils de chameau s’était envolée depuis belle lurette, me laissant à découvert, nu, seul et désespéré.

Contraint de suivre l’ombre pour survivre, le repos ne m’était permis que la nuit, si courte depuis que la planète avait subitement accéléré sa rotation.

Il ne servait à rien désormais de comprendre ce qui s’était passé, lequel des maux semés par l’espèce humaine avait eu le dernier mot.

Le ventre de cette terre dragué de ses liquides, ses veines minérales léchées jusqu’au roc, l’équilibre avait été rompu sans crier “gare !”.

A présent que les océans avaient imité les mers et séché, la seule eau disponible suintait de ce tronc à chaque aurore en une rosée brûnatre dont je me pourléchais ce que je pouvais dorénavant qualifier de babines tellement j’étais repoussant de saleté.

Fier de moi, comment pouvais-je prétendre l’être sans renier ce sentiment de culpabilité qui me faisait suffoquer de chagrin à chaque souvenir de ma lâcheté “intelligente” ?

Combien de temps encore aurais-je la force et la vigilance de tourner en rond, le dos collé à mon “totem de l’apocalypse” ?

Pourquoi me suis-je obstiné à rester alors que tous les autres sont partis en fumée ou en poussière calcinée ?

Ces derniers jours, j’ai succombé à l’envie irrépressible d’écrire mon testament avec l’intention, une fois fini, de m’offrir en pâture aux rayons impitoyables de l’astre vengeur.

J’ai péniblement gravé au silex la base du mât salvateur comme si je voulais communiquer à tous prix mon amour de la vie… mais à qui donc ?

Notre passage foudroyant n’est plus qu’un mythe muet sans aucun espoir de devenir légende, tant et si bien que toutes nos ambitions démesurées n’ont guère dépassé le stade de brouillons.

A l’exception d’humains inoubliables, saint(e)s, femmes et hommes de bien qui n’ont pas réussi à éviter le pire car quasiment personne n’avait compris leur message.

A ces êtres généreux, j’ai dédié ma résistance, à leur humanité irrévocable j’ai voué mon combat.

Mahatma Ghandi, Mère Théresa, vous à qui aucune mission céleste ne fut confiée, vous nous avez pourtant aimé davantage que quiconque.

Si seulement vous pouviez revenir juste un instant, contempler à quel point le futur abonde de contre sens.

Ce n’était pas à moi de survivre, lesté de mes vices comme un novice convié à l’orgie du Mal victorieux.

Où sont donc passés ces prophètes, ces envoyés divins dévoués à leur profession de Foi ?

Ils nous avaient pourtant promis de revenir un jour béni entre tous…

Pour édifier un monde nouveau tout fait de “Beau” et de “Juste”.

Ils attendent probablement que je sois à mon tour parti.

Raison de plus de ne pas les faire attendre.

Voilà ! J’ai enfin fini de transcrire l’échec.

Chère dépouille ! Sèche donc au soleil !

Sans douleur car elle est vaine.

Personne ne s’en plaindra.

A commencer par moi.