Né d’une cyclope et d’un ogre, le bambin avait trois yeux dont l’un bleu.

Voyait-il des “choses” invisibles à nous autres nains des cîmes ?

Nul n’en doutait plus après qu’il nous ait averti de l’avalanche.

On ne lui avait appris aucune langue mais il les parlait toutes.

Alors qu’on assassinait ses parents à coups de crosse, son regard l’avait sauvé.

Quiconque s’approcha pour l’égorger resta le geste suspendu, bouche bée.

Ce bébé avait tellement l’air d’un ange, il était si beau d’innocence.

Nous l’avions ramené ligoté en témoignage de la mort des monstres.

Nous avions franchi avec difficulté le col encombré par le glissement de terrain pour descendre vers la vallée.

Vers les zones du maroc en super fusion, fût-il encore sous perfusion.

Rasant le flanc des montagnes, les corbeaux volaient en un noir cortège.

Comprenait-il aussi leurs croassements stridents, nous le dirait-il  ?

Se souvient-il de notre crime “nécessaire” en cette nuit blanche de neige ?

A présent, il est devenu un adulte adulé pour sa gentille clairvoyance.

A chacun de nos raids sur les forteresses affaiblies par la richesse, il a fait le ménage.

A tel point que l’on y déniche à peine quelques brutes, les odieux ont disparu.

Curieux destin que celui de cette engeance de mutants qui jamais ne clama vengeance.

Ce matin, l’air est si léger, un fil de fumée s’échappe de la cheminée de sa hutte.

Hier, Il nous a annoncé calmement sa décision de retourner là haut.

Facile de deviner où. Il m’a dit “au revoir” dans notre langue.

D’espoir, j’ai souri de toutes mes dents, longtemps.

A présent, je réfléchis à cette lueur fugace si marine.

A cet oeil translucide qui annonçait déjà son retour.

Avant même qu’il ne soit parti“.