Réflexions actuelles
“Mes tresses ! Au secours ! On m’a volé mes tresses !” … s’écriait en courant le plus brillant élève de notre célèbre école talmudique. C’est qu’en l’occurrence, dans mes souvenirs de cette époque, l’accessoire constituait en fait le principal.
Je l’avais observé franchement en dissimulant mon amusement sous un rictus de circonstance, évidemment horrifié.
Il s’était arrêté en freinant des 4 fers devant la cellule de l’unique suspect soupçonnable, un galiléen alors entièrement absorbé à son ouvrage qu’il caressait d’une expression qui était devenue coutumière parmi les rangs, “l’art d’additionner la nullité”.
Au tout début, lorsque personne n’avait réussi finalement à l’extraire de son état second, même pas pour un carton dans le ghetto de Jerusalem, tous s’imaginaient qu’il était fou, ils allèrent jusqu’à en toucher un mot au rabbin.
Ce dernier avait attendu sereinement la faveur d’une communion pour rassurer l’assistance d’un geste insistant de bénédiction sur l’épaule de son poulain inspiré. Le sage avait parlé, le dément ne l’était pas. La délation avait fait chou blanc.
Jusqu’à ce matin où toute l’école fut réveillée par ces hurlements de terreur, tout un chacun ayant sursauté de surprise en croyant à l’attentat.
L’élève sans tresses, curieusement, se voilait la face comme si elle était soudainement striée d’une cicatrice honteuse.
Un instant, il me remémora ces champions Shaolin privés de leur force par la perte de leur longue natte, moment de mémoire sacrilège trés vite occulté par l’image de notre héros Samson, plus conforme à La Tradition.
Le “détressé”, tout à sa détresse, semblait subir le gigantesque reflux d’un stress longtemps reporté par nos exercices de tir à vue sur les cibles gentiment représentées par nos frères et soeurs sémites.
Il ne réussit à articuler un son qu’une fois franchi le perron de la minuscule chambre.
Dehors, les curieux affichaient un air plus ahuri qu’un compagnon d’Ulysse médusé.
” Je te prie d’excuser mon intrusion… Je vis un drame. N’aurais tu pas, par un heureux hasard, aperçu mes cheveux ?”
Levant lentement les yeux vers son interlocuteur, le protégé du maître lui avait signifié sa dénégation en lui opposant une énigme.
” Je daignerais t’aider, malgré toutes ces humiliations que tu m’infligeas, si tu acceptes une dictée et que tu réalises la prouesse de ne commettre aucune faute d’orthographe… Acceptes-tu le défi ?”
“… En ais-je le choix ? Je t’écoute mais prête moi ta plume pour écrire tes mots.”
” Prêt ? Alors écris : Né gros au nez pâle, le Néron au nez rond était né rond. Il rendit la clef au pâtre… Ecris donc au lieu de me regarder avec ces yeux de merlan frit !”
“… C’est que… J’en ai presque oublié la perte tragique que je viens de subir…”
” Dieu soit loué donc, ton épreuve a pris fin. Va en paix.”
L’éprouvé quitta l’apprenti-sage avec une démarche enjouée, désormais aussi soucieux que ces jalousés “imbéciles heureux”.
Sombre héros que ce jeune homme retiré et discret, j’étais le seul à réellement connaître son passé pré-théologique.
Avant même l’âge de raison, sa fortune et sa réputation d’homme d’affaire avisé culminaient dans le monde du business.
Il avait inauguré un nouveau genre de prospective économique dont il détenait seul les recettes.
Son assiette de perspectives semblait infinie tellement ses investissements désorientaient une multitude de rivaux déjà gravement désappointés par “leur crise” et l’avalanche des faillites.
Grand amateur de vide, quelque soit l’endroit, pourvu qu’il soit vaste et profondément enfoui, il s’empressait alors de m’envoyer en mission aux antipodes afin d’acquérir jusqu’aux nappes phréatiques taries ou d’hydrocarbures épuisées.
Pendant le temps que durait à chaque fois mon raid, il écrivait. Quoi, je n’en ai qu’une vague idée. Il me laissa bien un soir jeter un oeil au dessus de son épaule, mais ce que j’avais cru lire s’apparentait plus à un délire qu’à un texte cohérent.
Alors que j’étais resté figé dans mon coin de cour à touiller ces réminiscences, quelques lignes remontèrent à la surface…
” Aux confins du “moi” est cet isthme qui mène en un lieu où le “Je” n’est plus de mise… Je m’y love pour m’oublier, me décrire sans sommation et apprendre à dé-lire. Aussi vrai qu’il y a parfois deux lunes dans le ciel, nous sommes intouchables. J’entends d’ici le rire hargneux de détracteurs narcissiques qui ne voient en nous qu’un reliquat de l’histoire tout juste bon pour un perpétuel report à nouveau… Quand nous étions encore dépourvus de Hubble, nos attroupements se targuaient pourtant de disposer de ce qui se fait de mieux en matière de nouvelles technologies : The Bubble System, prodigieux ensemble parfaitement synchrone de bulles familiales en interaction permanente dans le bain du concert des nations”.
C’était bien avant cette inoubliable soirée de rire à nous en fendre le coeur, trêve magnifique où nos âmes oblitérées se délitèrent pour nous amener, finalement, sous le toit de cet ancien temple devenu monastère puis synagogue.
J’en souriais encore en le regardant, absorbé de nouveau par son ascèse. Il m’avait narré l’évolution comme s’il s’agissait d’une tragi-comédie sans dramaturge. Il avait été le premier à s’alerter des dangers de l’exposition prolongée aux sources informatiques de rayonnements qui causèrent par la suite l’entrée en coma prolongé de millions de personnes intoxiquées par le web. Il avait baptisé ce syndrome le “narconet”.
Le futur lui avait donné raison de façon tellement systématique que, parfois inquiet, je croyais apercevoir l’ombre d’un démon planer sur mon frère.
Toutes ces cavités achetées pour moins qu’une bouchée de pain azyme, tous ces abysses abîmés dans les profondeurs de la terre et des océans, même à moi, il ne révélera l’objectif de cette vaste opération sub-immobilière que la veille du cataclysme.
Nous avions quitté l’école, sur sa demande expresse, sans rien emporter avec nous pour, selon lui, donner l’impression que nous profitions simplement d’une permission de promenade à l’extérieur.
Et, tandis, qu’enfin il me reparlait, croissait en mon for intérieur le sentiment qu’un évènement décisif était sur le point de se produire.
” Frère, si mon intuition m’a trompé, nul parmi les peuples de l’humanité ne sera encore en vie demain. Ces vides, à ton insu, ont été aménagés pendant notre séjour didactique en bulbes par des centaines d’équipes d’ingénieurs qui ignoraient jusqu’au motif de leur tâche sous le plateau tibétain. Dans ce placenta de survie que tu as amplement mérité par ton amour et ta loyauté, vous y aurez le monde pour toit et Le Ciel pour Foi”.
Je ne sais pas ce qu’il est advenu des autres.
Je sais tout juste maintenir les miens en vie.
Aussi confiant et déterminé que ces rocs.
Sans désormais aucune nostalgie.
" Merci d'être là où "Science sans conscience n'est que ruine de l'Âme".
Chapeau bien bas aux nobles mécènes qui soutiennent ce Blog et à Nabil en particulier. Je lui dédie ces primeurs, dégurgitées alors que je bronzais nu sur une plage, rassurez vous, déserte."
kalimate
2 septembre 2009 à 2:49
Honte de devoir le respect et la considération à l’accessoire, école de la honte. le prince de l’hermétisme frappe de nouveau: accuse, critique, dénonce la vanité, blague et fait rire le nul et ceux qui s’annulent par compilation.
psychanalyse, analyse, délire sans aucune nostalgie, pense l’humanité, pense l’amour, pense le vide et le néant, en fait des bulles des résidences of love où il se love avec les siens, les protégeant de ses vents, ses tempêtes , ses orages silencieux.
Des nuées et des cieux ouverts, il nous enferme dans le présent billet dans des bulles de somme qui sont en somme des somnambules sans soucis, monades ou chacun se cloisonne et s’enfouit.
je me délecte en jasant ma revanche! vanité quand d tu nous tiens on s’éteint. point de mythe , point de samson que des restes d’humain, que des débris que de poussière.
Allergique je suis.
yugurta
2 septembre 2009 à 11:35
kali, toujours aussi impitoyable de perspicacité !
Je t’avoue que ce billet ci, qui t’a été dédié, est largement inspiré d’une source plurielle : ton dernier post, l’expression du joyeusement célèbre Kb “le sherpa au nez pâle”, les vapeurs métaphysiques de Le Blase, l’ambiance lunatique chez Waaayli, la profondeur du silence de houdac ainsi que la pertinence de la thèse évolutionniste de MG. Drôle de cocktail, me diras tu ! C’est que la torpeur m’était si pesante que me voilà depuis ma plage sombrant dans le plagiat.
En bonne bête de somme vicieuse à souhait, j’ai semé une faute d’orthographe.
Qui la trouvera aura mérité un esclave intelligent pendant 24 heures. A vos loupes !
kalimate
2 septembre 2009 à 16:23
impératif avec s et non thé.
tu seras mien ne serait-ce que 24 h avec ou sans T.
Mitra
2 septembre 2009 à 20:50
“… attroupements se targuaient pourtant de disposer de ce qui ce fait de mieux en matière de nouvelles technologies”
ce fait ou se fait;-)
Mitra
2 septembre 2009 à 20:59
somme en nulle
yugurta
2 septembre 2009 à 21:40
Avis aux intéressé(e)s : il y avait donc deux fautes et non une ! Bravo Kali et Mitra La Mitrailleuse, le con sommateur est con fondu ! vous ne m’avez pas loupé. Aussi, j’attends vos préférences avant de vous expédier votre butin en lutin en recommandé avec accusé de perception… Eh oui, je me sens “fils Kali-thé” à la sarco phage ! Débrouillez vous toutes les deux pour le partage, sauf si vous faites bien le ménage à Troie… Pauvre de moi !
yugurta
2 septembre 2009 à 23:01
Mea Culpa NB du scribe-haillons : Il y avait en fait plusieurs autres fautes, prétentieux, fat et grand guignol que je crois être, pris dans l’émoi du jeu et du jus de maux, je me suis empressé de tout corriger. Qu’on me raisonne, qu’on m’arraisonne. A l’abordage moussaillons !
Mes plates excuses à vos regards.
MG
3 septembre 2009 à 0:16
Ambiance yugurtienne qui affleure, refait surface pour embrasser l’histoire relatant le banal et le tragique. Un double vol qui fit figure contrastée entre la dérobade de tresses surnuméraires enjolivant une petite tête d’une fillette,fait divers vite oublié; et l’autre vol, viol irréparable, celui là ,usurpation et confiscation; qui bute contre l’impasse de l’inoubliable l’an prochain à Jérusalem!
L’histoire, conglomérat de conflits et de lute pour la suprématie, est le fait des hommes. La vie se rie de l’histoire des hommes, elle ne daigne pas s’en occuper car elle doit faire pousser les cheveux coupés de la tête d’une petite fillette!
PS: les fautes d’orthographe, c’est sans rancune, on en fait tous souvent par inadvertance, et il faut même les assumer si on veut continuer à apprendre!
mitra
3 septembre 2009 à 8:52
Yugurta,
Je m’en fou des fautes d’orthographe. Vole moi mes tresses:-)
yugurta
3 septembre 2009 à 23:04
MG à qui rien n’échappe sauf s’il le veut, le vent de tes vers enchantés par tes voeux, Sparte t’en veut de ne l’avoir point visitée car ton art guerrier non belliqueux aurait “Thracé” ses feux et La Perse séduite par ces herses alexandrines aurait démis Xercés et ses faux dieux. Merci de ta présence et de ta lucidité.
yugurta
3 septembre 2009 à 23:17
Mitra, je te conterais bien le mythe de Râ si rat j’étais chez Pharaon ou chat chez Chah. Charmé je suis, aplati par ta vastitude, maîtresse au grand coeur, voler je ne puis mais les tiennes, ô prêtresse, toutes en finesse me donnent des aîles.
Je me fie au tapis si je chute en maladresse tant sa tisseuse est agile dans ses caresses de celui qui s’est un jour nommé “Le Cher Loch d’Oulmes” avant de vaquer à la cambriole de tresses.
kalimate
5 septembre 2009 à 22:45
“Cher Loch d’Oulmes”, fais gaffe tu pars en bulles… si elles éclatent , en rosée la chute sera. Ah l’ivresse des mots.
Comme je suis une généreuse, j’affranchis l’esclave intelligent et je garde l’ami beau parleur au verbe séducteur mais non insolent.
kalimate non comme les autres mais demeure une.
détresse dentaire...;-)
7 septembre 2009 à 17:34
merci pr ton soutien..t m’es trés cher..