Réflexions actuelles
12ème pleine lune de l’an de grâce 2045.
J’ai 80 ans demain, mais je ne fêterais pas cet anniversaire comme à l’accoutumée, sans elle.
Arrivé en avance au spatiodrome, j’observe tendrement l’aterrissage de la navette que pilote ma fille.
Elle m’a fait promettre d’apporter ce fameux manuscrit, ce grimoire que j’ai toujours conservé à l’abri de la curiosité des regards.
Il y a de cela si longtemps, je l’avais intitulé “l’attente à Sion“, en mémoire aux tragédies causées par les décisions criminelles des “vainqueurs de 1945″.
Plus un monologue intime qu’une nouvelle à publier un jour, ce qu’elle ne fut jamais d’ailleurs…
Juste mon histoire dans un pays musulman mis sur la “liste de la conquête sioniste”.
Juste le combat acharné d’un laïque décharné contre les démons possédant les âmes de nos “maîtres” de l’époque…
Mais je ne pouvais refuser la demande fascinante de cette fille magique.
Dès l’âge de 5 ans, elle exprimait déjà clairement ses visions du futur.
La dernière fois où elle fit le voyage depuis sa colonie est encore inscrit fraîchement dans ma mémoire.
Elle avait insisté pour m’emmener avec elle sur la face cachée de la lune, à l’abri de cette fournaise que devenait notre soleil.
Maintenant qu’elle était sur le point de prendre sa retraite, je pourrais aisément la convaincre de rester avec moi.
Elle et ses fils avaient grandement besoin de ce retour aux sources et mon fief inexpugnable était l’endroit rêvé pour cette réconciliation avec Mère Nature.
Nid d’aigle avec plage privée, je l’avais construit de mes mains en un hymne à l’intelligence humaine.
Soigneusement enveloppé dans sa housse de cuir de taureau noir, mon “journal” allait enfin être lu.
Je l’admirais alors qu’elle quittait la rampe de débarquement en me fixant avec ce sourire reconnaissable entre tous.
Le temps semblait glisser sous ses pas en renonçant à toute prétention, rien n’indiquait en cette femme qu’elle cesserait un jour d’être jeune.
Ma patiente épouse nous avait concocté de ces friandises dont elle veillait jalousement à ne pas perdre les recettes, toujours prêtes à temps.
Au cours de la lecture au coin du feu, l’âtre s’imprégnait des regards de celles qui comptaient et de l’âme des absent(e)s.
J’articulais un monde désarticulé avec la voix enchanteresse d’un désenchanté alors que la fumée semblaient vouloir épouser le conte.
…..” Aidons nous, pour ce nouveau calendrier, de l’arbre généalogique des mormons dont les racines plongent loin dans le temps dans un bunker sous Salt Lake City.
Pourquoi, l’an 2009 ici et l’an 5327 là bas ?
Bien des épopées passées à la trappe des oubliettes avant de disparaître des cultures verbales puis des mémoires.
Que de mythes nés de réalités vécues passent-ils aujourd’hui pour de simples légendes alors qu’ils figurent l’histoire vraie des apogées faramineuses de civilisations impériales.
Que l’on s’entende enfin et que notre histoire retrouve sa racine commune !
Lors d’un récent déplacement à Moscou, Le Président américain Barack Obama a affirmé qu’il ne faut autoriser aucune sphère d’influence.
Il officialisait la mort en déesse des humains et le feu des armes en maître des puissants.
En écoutant ce discours “passionné”, mon employeur revenait à la vie.
En son sang, son soi se faisait plus soyeux que la soie…
Heureux qu’il était d’entendre les prémices de la débâcle dehors depuis son lit de mort.
Ce jour, il fête son centenaire et sa peau ridée se fait lisse dans les volûtes d’encens.
Félicité d’un puissant au bout du rouleau qui se délecte du troupeau qui le précède.
Roi de l’énergie noire, des champs anti-gravitationnels, des boucliers répulsifs et de la colonisation de l’espace stellaire, cet homme finissait une trés longue existence de rêves réalisés et de pouvoirs inégalés.
Emporté par l’ivresse de l’agonie, il chantait son délire en blêmissant de joie.
” Quand les insectes font mouche, je ne peux que reculer, me réfugier en ma souche, la queue repliée. Car leur temps revient tel qu’il a jadis été. Suprématie terrestre, aérienne et souterraine sur une populace assiégée. Moustiquaires à oeil ouvert ou mousquetaires à la parole légère ? Tant qu’à choisir, je les laisse…”
Je suis Alex, son sicaire, secrétaire, homme de main, âme damnée, proxénète et confident.
Mais qui pourrait supporter d’en entendre autant hormis un héritier ?
Son trépas “facilité”, je pris la route. Longtemps.
Jusqu’à ce dattier planté au milieu de nulle part.
Majestueux et loquace. Ses questions bruissèrent dans le sirocco.
“Fils d’ Adam, t’es tu perdu ?
Je ne fais que passer…
D’où viens tu ?
Sans aucune espèce d’importance…
Où t’en vas tu ?
Aucune idée….
Assieds toi un moment dans mon ombre qu’on en discute. Tu m’as l’air d’un homme sain.
Qu’est ce qui te fait penser ça ?
Tu es le seul en 100 ans à n’avoir pas prêté la moindre attention au puits. N’as tu pas soif ?
Non.
Ne bois tu pas ?
Non, je suis plus sec que toi. Je suis comme tes racines, sauf que les miennes sont posées sur terre. Donc je circule en cercles de plus en plus étroits pour me retrouver. C’est ce qui m’a mené vers ce néant que serait cet endroit sans toi.
Meurs ici si tu veux, je t’ensevelirais sous mes palmes. En attendant, mange de mes fruits et désaltère toi.
Merci, non. Mon chemin finit ailleurs. J’ai rêvé d’une petite fille qui m’appelait “papa”.
Va ! L’universel t’accompagne.”
Interrompant un moment la lecture, je me levais pour attiser le feu.
Le coeur choisit cet instant précis pour cesser de battre.
Mon corps s’affaissa aux pieds de ces êtres chers entre tous.
La lumière fut. La fuite serait vaine.
Elles souriaient, les larmes aux yeux.
D’un amour sans défaut ou faux fuyant.
Qu’elle est belle la vie !
" Merci d'être là où "Science sans conscience n'est que ruine de l'Âme".
Chapeau bien bas aux nobles mécènes qui soutiennent ce Blog et à Nabil en particulier. Je lui dédie ces primeurs, dégurgitées alors que je bronzais nu sur une plage, rassurez vous, déserte."
MG
12 août 2009 à 0:23
Sans défaut est le retour du mystère, de l’intrigue qui se passe de dénouement, loin s’en faut. Le papa octogénaire fête son anniversaire. Tout est prescrit, sans déroger au manuscrit rapporté expressément par sa fille spationaute, en l’occasion. L’histoire cesse de s’écrire une fois dévoilée au grand jour à l’abri des miasmes des fossoyeurs de l’humanité. L’obscure éclate au grand jour au décours d’une méditation dans le silence non souillé de la face cachée de la lune.
Escapade ultime pour voir griller la terre sous le feu d’un soleil révolté, un moment privilégié pour laisser s’éteindre une flamme désuète mais qui n’arrête de chanter la beauté de la vie.
Ravi de retrouver encore du bon yugurta!
yugurta
12 août 2009 à 10:54
MG “Le Perspicace”, cet hommage à l’amour de la mort est mon meilleur gage de bien être et me permet de fêter la vie.
Heureux qu’entre les lignes tu te faufiles, les sens y sont essence et ce carburant infini ne coûte pas un sou.
Bienvenu au club des faufilé(e)s qui n’accepte pas les faux filets.
kalimate
12 août 2009 à 15:27
C’est fabuleux youggy, tu excelles, tu te dépasses. Cette saga atemporelle, où le présent se projette dans le futur ou l’inverse, le futur se dilate et englobe le présent passé.
La tentation de l’intemporel intensifiée par ce désir de se lire dans un manuscrit, grimoire ou livre hanté par les ombres du passé.
Je me demande comment l’Humanité a pu se passer de ce parchemin jusqu’en 2045? Cent ans, un siècle d’attente pour vivre la sagesse de l’an sans défauts.
Quelle belle expérimentation des formes de l’existence tu nous présentes à travers ce texte riche d’amour, de fantasme, d’altérité et de vie. Oui yug , la vie est belle il suffit de s’ouvrir au nouveau, libérer ses énergies. La mort n’est pas le néant, et le néant ne peut-être le non-être.
Le charme de cet écrit, pour moi, est celé autour de ce retour aux sources, prise de conscience de ce que la vie nous offre: les pémices de l’avenir enracinés dans le présent nourris du passé.
yugurta
13 août 2009 à 11:39
Kali tu me laisses coi !
Ton commentaire annoblit cet essai en lui prenant les tripes dans l’étau de l’intelligence consciente.
L’éclairage de ta lampe magique me transporte entre mes propres mots comme s’ils n’étaient pas les miens.
C’est si bon de se retrouver “lecteur de soi”en méditant l’alliance indéfectible du temps et du trépas..
kalimate
13 août 2009 à 13:04
N’exagérons rien yuggy, frappé de mutisme toi le lutin? et bien si je reconnais un défaut aux lutins c’est qu’ils sont bavards.
Ton bavardage mon petit être barométrique c’est que tu erres entre la vie et la mort.
En ces moments, je me sens surréaliste et donc je me permets de t’en toucher mot.
“Au septicisme et à l’ironie, Eluard a opposé: les petites choses dérisoires, les larmes aux yeux, la tendresse, l’honneur de la Vie, oui, la Vie avec un V majuscule! derrière le geste spectaculairement non-conformiste, l’esprit du kitch le plus plat”.(kundera)
le mythe
20 août 2009 à 23:10
Je retiens que la vie est belle et je te donne rendez vous dans 80 ans pour rire de notre jeunesse
Ceci dit je te donne rendez vous dans un ou deux mois
Pas loin de ton nid d’aigle
Yogioh est le combattant favori de mon fils
Il faut bien que je lui raconte un jour que j’ai enfin rencontré son mythe
Salut l’artiste
Beau billet
Et n’oublie pas, par mon moment, le plus souvent d’ailleurs,
Je fais valoir mes commentaires par le silence
yugurta
21 août 2009 à 18:57
Le Mythe, le silence du condor ne peut être que d’or. Je reste néanmoins sur mes gardes en cas de soudain piqué ou crochet vers le plancher des vaches. A bientôt ici.
kalimate
23 août 2009 à 13:35
Aujourd’hui, yug, tu n’as pas encore 80 ans… joyeux anniversaire.
puisses-tu vivre heureux jusqu’à tes 80 ans.