Tout avait commencé par un gag … Héritage de mon ancêtre Nabopolassar, “le nabot polisson”.

Un jeu de pouvoir pour attendre une mort sûre en tuant l’entre temps de façon agréable…

En digne héritier d’une longue lignée qui, bien avant d’édifier Babel,  avait uni tous les verbiages en une langue universelle.  

Mais si déterminer son destin n’est pas si difficile, ce qui frise en revanche l’impossible, c’est de prévoir quand il va dégénérer.

Je suis “l’homme au noir”, celui qui voit tout sans jamais être vu.

Dans “mon” zoo,  une seule nouvelle bruisse dans toutes les cages…

Le scoop glané par le marsupilami grâce au magnétophone dissimulé dans la poche du kangourou…

Un cadeau que j’ai offert sans piles de rechange à mon hôte capricieux en contrepartie d’un coin à l’écart des regards.

On y entend les gardiens s’esclaffer devant un match que les mimiques  de “l’espion à l’interminable queue” ont fait passer pour du tennis féminin.

” P….. ! Tu as vu ses pectoraux, elle a l’air d’un mec, elle est plus musclée que nous !”

” Les hormones tu connais pas ? … Ou alors c’est un androgyne.”

” Un andro djin ?”

” Tu sais… Ces femmes qui raffolent d’Hydro Gin !”

Et, bien sûr, qui a eu tout le mérite des diverses interprétations ?

L’unique “humain” disponible, polyglotte doué, rénégat de son espèce… moi.

Mon cursus d’élève s’achève, mais aucune chance que ça se sache par ici !

Les pensionnaires de ce qui fut la plus “prestigieuse” ménagerie au monde ne font plus qu’attendre la fin de leur perpétuité.

Ces temps ci, je les ai dépensés en expériences tandis qu’une croissante majorité d’abusé(e)s les gaspille en gagne pain ou en jeux de hasard.

Que voulez vous ? Depuis l’Aube des Temps, la paix tasse… autant les corps, les coeurs que les volontés… Et j’en passe.

Quant aux esprits, l’histoire a gardé en mémoire la sagesse des “peuples aux rues sales” qui n’ont connu ni désoeuvrement ni la surpopulation dévastatrice qui nous métamorphose en parasites.

Ces authentiques humains ne croyaient ni en “les droits” ni en “l’espérance de vie”… Et qui méconnait les “légitimes” prérogatives de La Nature ne peut, finalement, que s’en “mordre les doigts”.

Naguère, dès que les nattes de cheveux tressés s’étaient “suffisamment” accrochées aux buissons rendus ardents par les râles et gémissements, Eh bien, sacrebleu, ”on” se la faisait “gentiment” notre petite guéguerre et, ensuite, la grosse fête pour relancer la roue à “machins”.

Depuis pas si longtemps, grâce aux chinois qui en avaient leur claque de rester sur le champ de bataille plusieurs jours d’affilée, à enfiler des défilés de machins au bout de leur pique au milieu des démons, crasse, ignominie et jets d’hémoglobine, la démocratie est née avec le premier “boum” de la poudre noire.

Maintenant, pour s’entre-tuer, c’est toute une histoire… Personne ne veut se salir les mains en se misant sur la table de jeu.

Quasiment partout, le port d’armes est prohibé à l’américaine… Mais pas l’eau de vie ! La virilité est sauve !

En résumé, ce siècle est la première expérience de l’anarchie érigée en concept de gouvernance.

Si les aztèques voyaient nos pastèques, ils riraient de la naïveté de ces milliards de “victimes expiatoires” qui croient mordicus avoir une influence sur leur existence.

Autant souffler avec une paille sur la flamme d’un volcan en le prenant pour une bougie…

Ce n’est qu’en apprenant que les étoîles cognaient aux portes des cieux, qu’au moins le thorax des fourmis étaient en verre et que “d’ailleurs” provenait le fer que je me suis mis à douter.

Notre planète mère serait-elle d’origine extra terrestre ?

En tous cas, si sa mue du gaz au feu avait probablement nécessité une étincelle, genre gangue de métaux fendant le cosmos à la rencontre d’une nuée chatoyante, ce que j’ai bien du mal à apprendre, c’est d’où vient l’eau et la vie qui va avec.

Je dois me contenter, au sublime goût de sa douceur incontrôlée, de la louer et de l’adouber en bénissant qui l’a bénite.

Le vieux scorpion qui me conta ces vérités s’est éteint de désespoir parce qu’il était incapable de se gausser de son sort.

Ses dernières paroles furent pour nous… J’entends encore l’amertume et la clairvoyance de cet insecte résigné… 

” Votre tragique destinée a détruit des myriades d’espèces bien en vie avant votre irruption sur cette planète. Lorsque la vérité vous fût révélée à plusieurs reprises par les textes sacrés, non seulement vous n’y comprîres rien mais, qui plus est, vous vous êtes entêtés à apprendre par coeur des interprétations hasardeuses. Vous avez voulu faire de ces vérités des fiefs de connaissance au profit exclusif de vos organisations ecclésiastes. Vous avez imposé par la force ces fieffés mensonges à vos semblables aux coeurs purs en des croisades plus sanguinaires que tous les sacrifices humains. En lieu des réceptacles de vérité que votre espèce était supposée être, vos faux maîtres vous ont convaincu d’édifier des autels à la gloire de l’ignorance. Relis “Le Coran” et ses sourates généreuses, tu entreras de plein pied dans l’univers de la science bien avant de vouloir en embrasser la foi à tous prix… A Dieu, Ami humain.”  

Laissés quasiment à l’abandon, les détenu(e)s se moquaient en communion, chacun(e) à sa façon, de l’ineffable bêtise des 2 seuls gardiens restants.

Malgré la famine et l’état repoussant de leur cage, ils et elles s’en amusaient de bon coeur.

Peu leur importait finalement. S’en aller de cette manière ou d’une autre… La plupart sont nés ici et ne connaissent pas d’autre “décor” que ces barreaux.

Cette nuit, je serais consacré “Maître de la Peur”.

Je déménagerais enfin ma cachette, puant de tous mes pores et triste de quitter mes compagnons de fortune.

Le kangourou est inquiet. A tort. Il croit que je récupérerais mon appareil avant de partir.

A quoi “bon” me servirait-il là où je m’en vais ?

Et puis, affronter les poings redoutables de cet australasien de souche, ce n’est pas rien !

Dans quelques supposées minuscules heures, je quitterais ma peau de légat.

Je régnerais sur mon propre temple dédié à la vraie lumière.

En potentat absolu, je terroriserais les habitants de mon prieuré en leur montrant le sort que je réserve aux “rebelles” qui refusent la dîme et mon droit de cuissage sur les belles aux alentours.

“Enfin !” me répétais-je en égrenant les mots et les maux que j’allais libérer avec une joie non dissimulée…

Figurez vous que j’ai mentalement mis au point un CV (Complexe Virusal) qui rend instantanément enragé(e) toute personne qui a le malheur de l’inhaler.

Ainsi, selon les derniers tests sur des panels méticuleusement sélectionnés, les membres de chaque famille se déchiraient les uns les autres jusqu’à la mort.

Le ou la survivante succombait à ses blessures ou finissait abattu(e) par les forces de l’ordre après de longues séries de meurtres sans mobile apparent.

Et je dois avouer que c’était autrement plus excitant que l’autre CV qui consistait à semer un amour fou partout où il passait.

Les conséquences secondaires de ce frère jumeau ont fait exploser la démographie et l’industrie pornographique…

Ces recherches clandestines étaient mon secret, même L’Ordre des Légats l’ignorait malgré toute sa sorcellerie et ses pouvoirs occultes.

Tiens ! ”quand on parle du loup, il pointe le bout de sa queue”… Elle apparut enfin, s’approchant voilée mais aisément reconnaissable.

Le zoo était heureusement désaffecté, déserté par les rares visiteurs qui venait de temps en temps s’apitoyer sur le sort sordide de ces “pauvres bêtes” .

La prêtresse ne quittait le donjon qu’à l’occasion des épreuves de confirmation qu’elle veillait à mener en personne.

Chacune de ses rarissimes sorties risquait en effet de trahir la véritable nature de la tour.

Des armées de “cols blancs” avaient été envoûtées pour donner l’illusion que cet immeuble abritait bien le siège de la plus puissante firme au monde de logiciels.

Mais les deux derniers étages servaient en réalité de résidence au Collège des Maîtres depuis des décennies.

Et voilà qu’elle marchait vers moi en ne me quittant pas de son regard diabolique.

La traîne de sa toge ne soulevait aucune poussière et, curieusement, toutes les cages s’étaient tues simultanément.

” Aeranus, es tu prêt ? “ Susurra-t-elle d’un seul trait de sa voix en lame effilée qui transperçait les âmes.

” Révérende,  on m’a gardé dans l’ignorance. Je ne peux que deviner ce qui m’attend…”

” Ne sois donc pas si modeste, nos coutumes l’interdisent !”

” Curieuses traditions que celles qui nous encouragent à diriger ce monde en restant dans l’ombre…”

” Serais-tu en position de blasphémer, toi que seul notre Ordre protège encore de la vengeance de tes ennemis ?”

” Je n’en ai point d’autre que ceux que vous avez imaginé, du haut de votre “grandeur” factice…”

” Devons nous comprendre de tes paroles que tu nous défies ?… Personne n’oserait et tu le sais parfaitement !”

” Mon séjour en ce lieu au sein de cette communité affligée m’a appris au moins une chose vraie… Ne déïfier nul être sur cette Terre…”

” Te voilà donc mûr, à l’instar de tes nobles aïeux, pour le rang de Maître Pourpre… Sauf si tu refuses d’en prêter le serment et de nous renouveler ton allégeance !”

” Tout bien réfléchi, je n’ai que faire de vos atours éphémères et de ces atouts d’imposteurs… Je vous connais désormais suffisamment pour combattre votre méprisable oppression !”

Au son de ces dernières paroles, la sorcière se replia en vrille comme un crotale se préparant à l’attaque.

Mais je la savais sournoise tandis qu’elle ignorait totalement mes nouvelles alliances.

Elle n’eut guère le temps de passer à l’acte et ses pairs et soeurs attendront son retour pour l’éternité.

J’avais promis à mon ami anaconda un repas gargantuesque, à condition qu’il n’attire pas l’attention en s’attaquant aux gardiens.

Je lui avais même faussement prédit que son dîner se présenterait à lui sur pieds, bien vif et cru à souhait.

Rien ni personne ne dérangera sa lente et délectable digestion.

Elle aura tout loisir de méditer ses forfaits en sa panse acide.

Et moi, j’en profiterais pour règler de vieux comptes.

Au sommet de la tour.

Entre les nuages.