Réflexions actuelles
Ainsi donc, au mépris du danger, l’égouïste avait osé remonter à la surface !
De sa longue absence, les censeurs avaient gaiement conclu que c’en était fini de ses tracasseries, qu’il avait enfin eu la sagesse d’irrémédiablement disparaître.
Parmi la maigre foule désabusée qui assista à son bannissement volontaire, seul un bédouin de passage en ville avait eu la témérité de lui proposer son hospitalité.
Conscient que ce Touareg courageux risquait sa vie par respect de traditions millénaires, le banni s’était approché doucement et lui avait embrassé l’épaule droite en murmurant :
“Frère, au delà de l’horizon, le désert et ses sables purs me recevront un jour béni… Maintenant, éloigne toi de ces gens lâches et vils, ils cherchent un bouc émissaire, fût-il innocent, qui leur fasse oublier un moment leur existence autrement plus répugnante que ces caniveaux“.
Il s’était enfoncé sous la ville à travers l’un des regards qui collectaient l’eau boueuse des pluies et les déchêts liquides.
Les plus proches parmi les spectateurs de cet exil n’avaient guère remarqué sa mine enjouée et les mouvements agitant son baluchon de fortune.
Les regards vides étaient restés obnubilés par l’allure frêle et chétive de celui qui avait tenu la dragée haute à tous les experts officiels, leur intimant un silence d’alcôve à force de les ridiculiser.
Sans même se concerter, les visages disaient bien que nul(le) ne l’avait auparavant imaginé ainsi paré des attributs de la faiblesse.
Je me souviens maintenant des jours dépensés à palabrer sous le préau des tribunaux où l’avaient en vain traîné les recours en diffâmation estés à son encontre.
Tandis que le dernier épi de sa tignasse anarchique suivait le seul ami qui me resta alors, se superposa son image rieuse se moquant de mon audace à l’abriter davantage.
“Frère, crois bien que les miasmes des égoûts me promettent des senteurs paradisiaques comparées à l’haleine de nos mentors. Garde confiance en la force de la patience, tout ira bien un jour, pour toujours…”
Il avait ce don de rassurer aux pires moments, doucement, comme s’il tissait la sérénité en baume.
Sous aucune circonstance, il ne se départissait de son sourire, portant haut le flambeau de l’optimisme invétéré sur les champs de bataille du fatalisme d’abord élevé au rang d’institution puis d’église.
Trépassé, le règne de l’Intellect avait laissé plus de victimes sur le carreau que toutes les guerres réunies.
Les “panseurs” mercantilisés, favorisés qu’ils avaient bien voulu être par de bien compromettantes concessions, annihilèrent insidieusement la libre réflexion et hâtèrent l’avènement d’un âge où les individus se contentaient de consommer passivement images et sons “clefs en main”.
Des générations durant, les détracteurs de ce “Tournoi de la Créativité” avaient prévenu qui voulaient bien les entendre que “tout cela mène à un abêtissement généralisé, prélude à un abrutissement des masses autrement plus dangereux que toutes les armes disponibles“.
En se réfugiant au sein de ce monde enfoui, l’exilé avait choisi la compagnie de la crasse, des miasmes et de la pestilence.
A priori, un véritable suicide pour ce fils de la génération “Vaccins” qui savait ne pas pouvoir compter sur une quelconque immunité innée, atrophiée par La Science au nom de La Vie.
Pourtant, bien des années après son départ, le voilà qui ressurgissait… propre comme un sou neuf !
J’appris son retour par la boulangère dont la fille était restée indéfectiblement éprise de ce prédicateur antédiluvien.
Quelque part soulagé que ses premiers pas de revenant l’aient emporté loin de cette cité décadente, je me pris à songer aux mystères de l’Amour qui lui avaient gardé le coeur de cette jouvencelle malgré tous les prétendants.
Tout en me tendant mon pain frais et semblant se parler à elle-même, la mère me confia, d’une voix volontairement inaudible, sa profonde fierté à découvrir le lit non défait de sa fille et la courte lettre d’adieu où elle lui signifiait qu’elle partait avec “le seul homme vrai qu’il m’ait été donné de connaître…”.
” Vous savez, votre ami sort de l’ordinaire. Le chat que lui avait confié ma fille en espérant son retour est réellement métamorphosé. On aurait dit un tigre ou un guépard tellement ce séjour dans les catacombes lui avait fait du bien. Quant à son maître, j’avoue ne l’avoir que fugitivement aperçu en bas de l’immeuble où nous habitons alors qu’il restituait le baluchon emprunté au cordonnier… Vous savez ! Celui qui est venu de Ouarzazate pour remplacer son père décédé qui vendait pépites, cacahuètes et graines de tournesol ! “
Il avait donc tenu sa promesse et rejoint les tribus du désert en compagnie de sa princesse fidèle !
Dés à présent mais bien trop tard, les brigades de milicien(ne)s patrouillaient partout pour le capturer.
Les ruelles et venelles de la vieille ville bruissaient des rebondissements de cette chasse à l’homme.
Pour ma part, j’avais retrouvé ce sourire qui m’avait quitté avec son premier départ.
Je savais en mon for intérieur que toutes ces tentatives maladroites étaient vaines, que nul(le) ne saurait arrêter son exode vers les dunes.
Je pressentais que nous le reverrions bientôt.
Encore plus déterminé.
Toujours patient.
Jusqu’au bout.
Notre fin.
" Merci d'être là où "Science sans conscience n'est que ruine de l'Âme".
Chapeau bien bas aux nobles mécènes qui soutiennent ce Blog et à Nabil en particulier. Je lui dédie ces primeurs, dégurgitées alors que je bronzais nu sur une plage, rassurez vous, déserte."
kalimate
30 mai 2009 à 19:33
Le grand retour du prince de l’hermétisme! j’ai beau lire et relire, chose que j’ai faite avec plaisir, tellement ton histoire, ton écriture m’emmène dans un tourbillon de douceur, d’amour, de solitude, d’amitié, de fraternité de patience, je n’ai pas encore saisi le sens de ton texte.
je reste patiente dans l’espoir qu’un jour je pourrais percer le secret des sens de tes écrits.
rani sabra…sourire.
MG
31 mai 2009 à 16:18
Expérience pilote et volontaire de celui qui fut victime d’une déportation en temps de paix
Auprès de sa dune il savait qu’il était pauvre mais ne savait pas qu’il n’ était pas aussi malheureux qu’il le pensait.
La preuve, il vivait en surface et recevait la bénédiction de la lumière, de l’air pur et la bonté de ses congénères de la cité des dunes
Il lui a fallu cette déportation volontaire vers cette ville moderne dont le béton et l’asphalte sont aussi durs que les cœurs de ses habitants, pour réaliser à quel point il devait préparer sa fuite
En attendant car il n’en peut plus, il descend sous terre retrouver la paix dans ce réseau égoutier de cette ville infernale.
Il réalise alors à quel point la pestilence de ce milieu infecte pouvait être supportable comparés aux aux vociférations et aux effluves ennemies des citadins agglomérés
Comme à chaque chose malheureux est bon notre rescapé ne remontera la surface que pour ramener avec lui une fleur qui peut s’épanouir a proximité des dunes loin des hommes béton aux cœurs d’acier!
kalimate
2 juin 2009 à 16:17
je deteste ton code captcha , je le deteste pour de bon. voilà yallah, je n’écrirai rien que ces débilités et on verra bien s’il accepte had lmerra!
adnane
5 juin 2009 à 14:10
Bravo, quelle belle plume.
Perséphone
6 juin 2009 à 13:46
Faisait longtemps que je n’avais pu apprécier ta dentelle. Tes histoires, tels des rêves, agrémentent mon vagabondage. Mieux! Je voyage sur ton ouvrage.