Au début de cette nouvelle virée, je m’imaginais vous délestant d’un zeste d’excédent de poids en vous gavant le foie de quelques gourmandises, histoire de rompre la mono”gastro”tonie des menus aux féculents habituels…

Ce “La” aurait “dû” donner, selon le diapason magique péniblement dérobé au Duché du Chat :

En entrée froide :

“Le Royaume du Maroc ferme subitement toutes ses frontières pour tenter d’endiguer l’avalanche de réfugié(e)s déferlant sur son territoire de tous les horizons…

Les prévisions de 10 millions de visiteurs en 2010 ont été atomisées dès le mois de Septembre 2009 avec le “retour simple” de millions de marocain(e)s fuyant le désastre européen et la ruine indiscutable des Empires d’Occident.

A présent, les Forces Armées ont reçu l’ordre de tirer à vue sans sommation à la moindre tentative d’infiltration clandestine…

Cette décision intervient tout juste deux jours après celle d’interdire l’exportation de toute denrée alimentaire, hors accords de coopération étatique, sous peine d’exécution sommaire des coupables pour haute trahison, corvée laissée aux  soins des “comités d’intervention civile” de chaque arrondissement et village qui se targuait d’un “capital de délation” inégalable…

C’est que la patate était déjà brûlante à des prix dépassant les 10 dirhams en campagne, alors que faire d’autre lorsqu’il faut débourser 50 dhs pour manger 200 grammes de frites (huile en sus) alors qu’elles croissent charnues en abondance sous vos yeux ?

Se la jouer ”merlans frits” pour avaler la pilule et goûter aux délicieux navets du terroir, si longtemps négligés ? …

Trop tard, dés le 15 Février 2009, les frères mauritaniens avaient hélas déjà tout raflé et transféré “l’or blanc” bien à l’abri sous la tente …

Et au prix fort SVP, nous dirons qu’il n’a souffert d’aucune concurrence. 

D’ailleurs, personne jusqu’ici ne s’est plaint de la transaction, bien au contraire !…

Alors que “vive le manioc” puisque c’est tout ce qui reste (et encore… A condition de frapper à notre tour, à bras raccourcis et sans autre forme de procés, nos frères sud sahéliens dans le dos pour razzier la maigre récolte épargnée par la sécheresse ) ! “.

En plat principal (nécessairement brûlant) :

3ème (et dernier évidemment) épisode de la Saga du “Monde en Guerre”, agrémenté de détails autrement plus croustillants qu’une langouste rotîe à point sur une plage hawaïenne, vous narrant en long métrage les champs et camps d’extermination que nous promettent les “dégraissages de catalogues” intra et inter continentaux.

Au dessert(pur lucre) de ce repas à la “communionniste”, la reconstitution immodérément épicée des noces d’Adam et Eve (avant leur descente sur Terre bien entendu) servie sous un coulis à la crème de collision astéroïdale.

Mais Le Maître Queux m’avertissant qu’il y a de l’eau dans le gaz, ce soir béni d’un défi à tous les faux dieux, en un odieux geste que le mien de ne vénérer que la lumière, je dois me résoudre à ne vous conter, en collation de dépannage, “que” la si petite histoire, dérisoire à vrai dire, de Mark.

Je lui ai en fait “promis” sur son lit de mort de vous la rapporter…

De mémoire cependant et de ce fait, vous voudrez bien “excuser” le différentiel mnémonique de votre ”pagiste” en service non commandé…

Juste par politesse car il faudrait déjà avoir connaissance de la version “originale” pour s’apercevoir et mesurer l’écart, ce qui n’est pas le cas en l’occurrence.

(OK ?

Ce que vous êtes aimables et manipulables ! 

Apprenez, une bonne fois pour toutes, à “Dire NON” !

Trop tard !

J’ai déjà entendu votre “Oui” consentant et soumis.

Essayez une prochaine fois…

Si vous en avez la chance !).

Recollons pour le plaisir le puzzle des souvenirs… Que la patience soit avec VOUS !

De son vrai nom, Markus Lechleba (prononcer “lèche les bas”), était un authentique génie du calcul mental et des sciences mathématiques, tant et si bien qu’il faillit périr précocement d’insuffisance rénale.

Né pulmonaire à une époque où les thérapeutiques faisaient plus de mal que de bien, les larmes quotidiennes de pitié de ses proches le laissèrent vite de marbre et ce n’est qu’à sa puberté qu’il étrenna enfin le goût du sommeil.

Mu par sa vision personnelle de l’arithmétique non linéaire, il estimait alors son âge mental en le majorant d’un bon tiers, en qualifiant cette marge ajoutée  de “temps non dormi”.

Durant nos conversations feutrées, il se plaisait souvent à se présenter comme un “mutant”, autant qu’il veillait à souligner son absence de mérite dans ce miracle, brandissant comme une flamme olympique sa foi inébranlable en (je le cite) “l’immanence d’une entité unique et juste sans laquelle l’enfant aurait perdu l’esprit avant la vie à ce niveau soutenu de souffrance physique et mentale”.

Personne, pas même lui, n’aurait en effet spéculé sur sa survie d’autant plus que la torturante résistance l’avait peu à peu défiguré, le laissant chaque matin exsangue, les yeux un peu plus exorbités et le crâne tenaillé à chaque réveil de migraines tellement atroces qu’il en jurait de ne plus jamais succomber au sommeil.

Le suspens dura de “longues” et nombreuses années, au cours desquelles il eut “le temps” de méditer son destin souffreteux dans le regard fluorescent d’encouragements de sa chatte sur fond des ronflements de ses deux frères à la santé d’acier, invariable symphonie en Ré majeur…

Lancinante, lascive au fur et à mesure que l’effort surpassait l’insoutenable, une seule question taraudait ses pensées comme la trame d’un tapis.

“Qu’adviendra-t-il si je me laisse absorber par l’asphyxie ?”

Lui, au moins, avait une excuse en or de se laisser aller sans remords… Il lui suffisait simplement d’agréer ces forces de la nature liguées contre son minuscule corps d’humain en bas âge… L’espace d’un instant, se relâcher, s’abandonner à la promesse de trêve…

Pourtant, il n’en fut rien.

Dés que sa vitalité le lui permettait, il repartait de plus belle en savourant le bonheur de respirer momentanément sans difficulté notable.

Déserteur des légions SS, son père avait saisi l’opportunité d’une mission à Istambul pour fuir en Syrie la fureur de son fuhrer, dont la traditionnelle “dévastatrice amertume” culminait avec les mauvaises nouvelles émanant du Front Russe.

Il dut attendre, caché par le réseau des “Apatrides Aryens ” dans un couvent maronite d’Alep, la défaite finale des hordes germaines qui comptaient désormais plus d’adolescents et d’enfants dans leurs “rangs” que d’adultes.

Alors que la domination ottomane achevait son déclin sur décision des nouveaux “Maîtres” du Monde, il s’était uni avec une arménienne rescapée par miracle des génocides et réfugiée chez une lointaine famille d’Anatolie.

Ingénieur chimiste de son état, il vécut en paix son nouveau métier de Conservateur du Musée d’Arts Antiques de Damas, tout en participant secrètement au développement du programme d’armements non conventionnels de son pays d’adoption, dont un tunnel percé sous le Golan jusque sous le chantier de la centrale thermo-nucléaire de Daymona … pour y placer en contrebande une charge “détonnament” explosive.

Après plusieurs fausses couches, ils donnèrent naissance à ce fils prodigue à la mémoire à jamais tatouée par le chant des criquets stridant les chaudes nuits d’été et le reflet des ombres chinoises du moucharabieh sur les damasquineries.

Son père décédé fin 1973 des suites d’un empoisonnement suspect, sa mère inquiète le poussa à s’exiler grâce, ironie de l’Histoire, à une bourse d’études offerte par La Maison des Loudanov.

“Tes frères veilleront sur moi, rassure toi ! Tu trouveras peut être des réponses là bas à toutes tes questions sur ton père. Sa ville natale, Munich, ne sera pas si loin. Tiens, prends cette unique lettre qu’il reçut de sa famille voilà bien longtemps, elle t’aidera à les retrouver …”

Mark avait choisi l’archéologie, l’étudia à Londres puis fut sélectionné pour un projet de recherches appliquées en Afghanistan grâce aux recommandations de son amant de La Chambre des Lords qui avait auparavant parrainé sa naturalisation britannique.

Son état de santé ayant peu à peu empiré dans le smog londonien, son mèdecin lui avait enjoint de renoncer à ses longues promenades le long de la Tamise et d’avancer la date de son retour “au soleil” avant qu’il ne soit trop tard.

A l’occasion de cette dernière auscultation, le praticien de confession juive, chassé d’Autriche par le régime nazi, lui avait posé une étrange question : ” Le soutien incontestable des Loudanov, cher ami, est tout à votre honneur… 

Il reste néanmoins que je me suis souvent interrogé sur votre nom de famille sans oser aborder le sujet …  

Après votre permission, auriez vous, cher ami, un quelconque lien de parenté avec “Le” Lechleba qui était directeur de recherches au complexe pétro-chimique de Baden Baden ?…”

Mark ne sut pas quoi lui répondre, son père avait toujours obstinément refusé de parler de ses années en Europe.

Le silence devenu gênant, le médecin changea le fil de la discussion avec un geste désinvolte …

” Quelle importance après tout ? Que vous soyez ou non parent avec le bourreau qui a transformé ma femme et mes deux filles en cobayes dans ses laboratoires de la mort … ?”

Mark avait rompu sa plongée inquisitrice dans son “passé ignoré” pour murmurer  : “Je ne saurais vous répondre Docteur, mais vous, hommes de science, ignorez que l’âme est unique comme une ample tunique gonflant le sein de tout corpuscule comme le vent porte les voîles vers l’inconnu. Les fibres de ce “tissu de Soi” sont tressées de vie et de mort et la lumière est prise au piège de ce filet dansant dans les couloirs du temps créé par la circonstancielle illusion de mouvement. A ce titre, nul(le) ne peut se prétendre innocent(e) et pur(e) tout comme la réelle démence se résume à s’auto-juger vivant(e) ou mort(e). Je vous confie ici mon sentiment profond et ma conviction intime que les sépultures pullulent d’âmes bien en vie quoi que “légèrement” déshabillées côté os et chairs “… 

Ce soir là, j’eus la nette sensation que Mark subissait le joug d’un lourd remords sans même une lueur d’espoir de s’en défaire au delà du trépas.

Il me raconta, les yeux voilés de tristesse, la suite de son odyssée sans sembler prêter la moindre attention à son corps tétanisé par l’avancée de l’agonie.

” Les plus beaux jours ne s’oublient pas.

Le you you des femmes en liesse à Kandahar, la fierté naïve des guerriers pachtounes, le panorama idyllique des cîmes sous la neige immaculée…

L’unique amour que je reçus en partage me fut offert par l’une de mes étudiantes entre ces montagnes déchiquetées …

Yéménite de père, irlandaise par sa mère, le temps me manquerait s’il s’agissait de te louer sa majestueuse bonté et le bonheur qu’elle m’a donné tout en sachant, à l’instar de tous et toutes ici, mon faciès repoussant et ma fin évidemment imminente.

Dans la substance mouvante de chaque journée, elle sculptait la joie en statut non négociable.

Avec elle, aussi incroyable que cela me paraissait, je souhaitais à chaque coucher de ce soleil jadis honni que la nuit dure éternellement !

Grâce à elle, j’ai connu la femme, in extremis.

Elle a péri dans le naufrage du cargo qui l’emmenait au Yemen visiter son père mourant dans la banlieue de la capitale Aden, un endroit appelé Khormasksar qui allumait, dés qu’elle m’en parlait, son regard de douce amande des braises de la passion. 

Elle m’avait confié qu’elle saisirait cette occasion pour vérifier ma théorie sur l’emplacement de la Capitale cachée du Royaume d’Awsan et tenter de convaincre ses compatriotes de se réunifier… 

L’enfer existe bel et bien.

Ses portes béantes m’ont aspiré à travers l’écouteur du téléphone qui m’informait du drame comme un volcan éructe sa lave impitoyable.

En l’accompagnant ce jour là jusqu’à la mission des Soeurs à Kaboul après avoir acheté tous les laissez passer auprès des diverses factions, j’étais tenaillé du pressentiment que je ne reverrais plus celle qui était devenue ma raison de vivre.

Ce fut la seule et unique fois où je ne me fia pas à ce sixième sens“…

Le souffle éteint, la confession mourut.

Propulsé par l’envergure de ce récit et accablé par la charge du message, il me fallut un long moment pour sortir de ma torpeur et tendre la main vers le petit miroir placé sur la table prés du lit de camp.

Placé devant sa bouche, il s’embua à peine.

Ce n’est qu’à la nuit tombée que son pouls cessa de battre.

Je recouvris ce corps frêle d’un drap de lin après avoir eu l’insigne honneur de fermer les yeux révulsés de cet illustre militant de “l’Histoire authentique”.

Il léguait ses manuscrits anciens et quelques objets antiques à sa mère que j’avais accepté d’acheminer à son domicile.

Cette dernière mission achevée, il ne me restera plus qu’à essayer de rentrer “chez moi”.

Une soudaine envie irrépressible d’embrasser père et mère, de jouir autant que possible de leur étreinte.

Les embûches seront aussi périlleuses qu’au voyage aller car aucune route n’est sûre jusqu’à Peshawar.

Mais l’enjeu en vaut la chandelle.

De toutes façons, ici, j’en ai fini de semer mes graines.

S’ils choisissent une autre voie que la concorde, ce sera leur affaire.

La mienne est de rallier la patrie.

Et si vous lisez ces mots… C’est que j’y aurais réussi !