Je parcours cette piste sinueuse depuis bien assez longtemps pour facilement en déjouer les pièges.

Les tornades de pluie se ficellent joyeusement aux tourbillons de vent pour rompre la monotonie du brouillard habituel.

Elles me rappellent, à ma grande joie, la première sortie en mer de mes chérubins à leur troisième et quatrième hivers.

Fidèle à un sens encore impunément partagé de sadisme pluriparentéral, j’avais impatiemment guetté un jour de grosse tempête pour leur bizutage sur coquille de bois simulatoire de situations de pré-naufrage.

Au moins, même si la cadette a bien failli passer par dessus bord en voulant pêcher le maquereau malgré tout, Ils ne pourront pas me reprocher de n’avoir pas essayé de leur faire vomir leurs tripes !

De chaque côté de ce sentier boueux s’étalaient à perte de vue les “fermes de Houara”, mot qui commence comme le “HO” du Docteur qui m’a recommandé récemment de manger des pois chiches…

En me “chargeant” de conseiller d’en faire autant à un illustrissime “absent”, dont je tais les 2 majuscules pour la sécurité de ces 2 testi….. car, selon la soudaine illumination des synapses collatérales du docteur “Homoss”, nos billets souffriraient, en matière d’auditoire juvénile, des “saints hommes” de la “colique du Hamas”.

Ce qu’a tenu à taire notre Guérisseur Auto Proclamé (tu me remercieras plus tard cher Dr d’avoir soigneusement évité l’usage du terme “Improvisé”), c’est tout bonnement le mode d’ingestion des dits pois chiches…

Alors je me triture ma face de bouc en hésitant parce que “Le Savant Destinataire” me passerait un savon noir si j’omets ce type de détail lors de la livraison du ”Conseil”…

Je lui ai bien posé la question mais il a exigé le paiement d’une avance sur honoraires exorbitante !

A tel point que je le soupçonne d’abuser de ces cuisses de grenouille sauvage hors de prix qui ont relégué le caviar sur la rangée des confitures.

Toujours est-il que j’ai fini par ne plus guère prêter attention aux arbres fruitiers chargés d’agrumes tellement ils pullulent gentiment alignés comme au garde à vous.

Enfin arrivé à bon port et avant de bondir embrasser ma chienne sous ces trombes d’eau, j’écartais les bras vers Le Ciel pour le remercier de nous gratifier de Sa Fureur Rédemptrice.

Et c’est là que j’aperçus les fils de fumée qui montaient comme des serpents de fakir du bas de chacun des troncs d’oranger de mon agrumiculteur de voisin.

Reportant d’un instant la liesse des retrouvailles avec cette fidèle amie, je m’ auto-visa d’aller “jeter un oeil” de plus prés sur ce pré aux primeurs fumeurs.

Et c’est la bouche “en cul de poule” que je me pris à spontanément décompter les qanouns d’argile déposés au pied de chaque arbre, comme s’il s’agissait des bulletins de vote des électeurs inouïtes ou des marées d’ “institutrices” du Peace Corp dévalant les versants de l’Atlas.

Arrivé à la limite de ce fumant champ de vision à un louchant 999, je tourna le dos à ce qui défrisait sans conteste les annales Cro Magniques de la démence en matière de charlatanisme et de gaspillage du précieux charbon de bois d’arganier.

Navré de cette proximité sordide, je ressentis pourtant un zeste de pitié pour cet homme qui se pliait aux gestes des apprentis sorciers pour sauver son beurre en évitant à “tous prix” les dommages que causerait inévitablement ce climat sur les fruits de son labeur. 

Frustré qu’il était de devoir regarder, en spectateur naturellement impuissant, sa récolte partir en fumée, il a fini par faire “comme les autres” et s’est résigné à recourir aux fumeux soins d’un “Ho chi cha man” de la redoutée Maison des “cendres, haillons et suie” et son redoutable “opium de sécheresse” capable d’arrêter la pluie…

Et, tenons nous bien,”En Silence”…

Pas comme ses ennemis jurés qui, depuis des dizaines de milliers d’années, dansent et chantent outre atlantique leur “damnées” incantations la foi au coeur de pouvoir faire tomber la même pluie, bénéfique cette fois.

Ce n’est qu’à une distance respectueuse que je ne sentis plus les relents des vôlutes “médicinales” de cet “herboterroriste”.

Nos pas gambadants nous avaient mené au sein de senteurs infiniment plus agréables aux récepteurs olfactifs de nos sinus outrés.

A l’époque j’avais opté, essuyant aussitôt la salve de rires narquois des paysans du coin, pour une plantation de figuiers et des plants de courgettes variées.

A la fin de chaque saison, ces accolytes s’esclaffaient publiquement de ma “stupidité légendaire” en comptant leur bénéfice avant de faire la nouba jusqu’à l’aube.

Ces ripailles et orgies otto-romaines obligeaient systématiquement les gens d’armes à intervenir au delà du portail des domaines de ces canailles.

Les mineures violées étaient alors embarquées manu militari et acheminées à peine voilées le plus loin possible du lieu des délits pour enfin être éjectées des fourgons en pleine jungle urbaine.

Quel meilleur camouflage du détournement de ces petites fillettes vendues par leur mère que leur immersion “totale” dans la foule anonyme ?

Ah, redites moi donc, en codage sublinguistique, qu’est ce que l’argent ne peut pas faire… A part vous apporter le bonheur ?

Quant à moi, je m’en tiens au veloûté lascif des figuiers et à leur ballotement furtif.

La sensation, à chaque fois, m’enveloppe de croire que j’entends leurs murmures.

Depuis ce fameux soir sur la rive d’un barrage à sec où, un verre fumant de thé au romarin à la main, je me laissa envoûter par une bergère perdue qui me conta, pieds nus, le langage des chauves souris et la danse des figues.