Réflexions actuelles
09 Décembre 2008.
C’est fini.
On ne les entend plus ni bêler ni râler.
Les chats vont pouvoir revenir de leur ascension.
A l’aube de chaque commémoration du Sacrifice d’Abraham, aucun félin ne rôde dans les parages.
La nature se tait à cette occasion pour ne se réveiller qu’à l’aurore suivante.
Sain et sauf parce qu’estropié, mon compagnon cornu laissa couler quelques larmes pour ses fils tous immolés.
Clopinant dans ce décor de granit rose datant du quaternaire, nous nous étions éloignés du village pour penser à autre chose que foies et panses dodus à souhait.
Le froid glacial, le ciel clair et le profond silence étaient propices à la méditation.
En plongeant mon regard entre les poils de sa toison, je me souvins des préceptes de notre Foi qui en faisaient le “Tapis volant” des croyants vers l’Eden qui leur est promis.
Et l’écho des paroles spontanées de mon fils aîné persistaient dans leur intrigante mélodie….
“Papa, s’il n’y a pas de mouton… égorge moi à sa place…”.
Comment un si jeune garçon pouvait-il proférer une telle auto-sentence ?
D’où lui venait cette généreuse sagesse qui avait réussi à me désarçonner l’espace d’un instant ?
M’imaginer lui passer le fil aiguisé d’une lame sur la gorge était bel et bien au delà des capacités de mon esprit.
Tant qu’à faire, autant me faire harakiri.
M’égarant entre ces supputations quasi païennes, les pas de mon ovin rescapé nous guidèrent vers le portail de notre demeure sur le roc.
Le kanoun dégageait sa fumée entre les frondaisons des caroubiers, trépidant de la passion de ses braises pour de bonnes tranches de viande toute fraîche et d’abats nettoyés avec soin par des mains expertes.
En attendant l’orgie, les enfants jouaient sur la place de l’école tandis que les volontaires s’affairaient autour des braseros pour griller les têtes bientôt sans cornes.
Celles ci étaient laissées au bon soin d’artisans occasionnels dont l’habileté à confectionner les peignes n’était plus à démontrer.
On ne comprenait l’engouement des jeunes filles pour ces objets de corne qu’une fois leur chevelure révélée à leur mari le soir de leurs noces.
Autrement, l’Amelhaf, long sari noir enroulé autour de la taille et fixé au niveau du sternum par une fibule d’argent ou d’or, camouflait soigneusement leur exceptionnelle beauté et leurs atours.
L’air pur et l’absence totale de poussière conférait à l’atmosphère un goût sucré et une ambiance aérienne.
Les reliefs tourmentés de la chaîne de l’Anti Atlas occupaient tous les azimuts de l’horizon et les massifs reflètaient les rayons d’un soleil lointain.
Arrivés sur le perron, nous fîmes une pause le temps de m’assurer que les dernières traces de la boucherie avaient été lavées à grande eau.
Décidément, ce mouton avait la peau dure. Il avait échappé à la curée trois années successives.
Ce qui ne l’empêchait pas de se reproduire allègrement entre chaque “Fête” en profitant de la maigre concurrence.
Le berger m’avait confié, qu’en matière de séduction, ce mâle faisait sa cour plus vite que DHL.
Mais comme le dogme interdisait le sacrifice de bêtes malades ou handicapées, lui continuait à boîter et à vivre.
De retour sur sa litière de luzerne, il me regardait dans les yeux en semblant me dire “bon appêtit, à l’année prochaine”.
Le village résonnait à présent des préparatifs du déjeûner.
Des tafernoutes, fours traditionnels en argile de forme cônique, s’échappait la senteur du pain azyme pétri d’amandes amères.
Des femmes centenaires retiraient les galettes fumantes et les empilaient dans des couffins en osier.
Les jeunes s’entendaient sur la composition des équipes de football qui s’affronteraient l’aprés midi dans l’ombre de l’arganier géant.
Regroupés dans un coin de Tagounite, la place de la mosquée, les Anciens finissaient de converser sur l’avenir de la Nation, les turbulences du Monde et l’explosion des crédits accordés par les épiciers dans les grandes villes du Nord.
Dans quelques minutes, le silence règnera à nouveau, uniquement rompu par le son des paroles clairsemant l’élan général de mastication.
Le baromètre de la ferveur religieuse tarde à retomber dans cette région isolée en altitude.
Les Préceptes tiennent bon la route sur ces pistes rocailleuses et sinueuses.
Il n’y a pas si longtemps, les hébreus commémoraient cette occasion de concert avec les communautés musulmanes.
A présent désertées par leur habitants, partis pour leur “terre promise”, la bise glacée tourbillonnait à son aise entre les masures hantées en faisant claquer les volets de bois ciselés dans un décor fantomatique.
Seul “l’idiot” du village restait égal à lui même.
Jovial, insouciant, il gambadait et déboulait comme à son habitude aux coins des ruelles étroites en cherchant ces nuées d’enfants qui, selon leur humeur, lui jetaient des petits cailloux ou des bonbons.
Alors que les mères coyotes et chacals, accompagnées de leur ribambelle de petits, se rapprochaient prudemment du village pour recevoir leur dû d’os et de carcasses, les chats tardaient à revenir.
Tout comme les sorciers.
Cette heure n’était pas la leur.
" Merci d'être là où "Science sans conscience n'est que ruine de l'Âme".
Chapeau bien bas aux nobles mécènes qui soutiennent ce Blog et à Nabil en particulier. Je lui dédie ces primeurs, dégurgitées alors que je bronzais nu sur une plage, rassurez vous, déserte."
le mythe
9 décembre 2008 à 21:41
HS
salut l’artiste
mabrouk l’Aïd
c’est toujours un plaisir de te lire
Houdac
10 décembre 2008 à 15:29
Et Herma alors? Quand est ce qu’il devrait faire son apparition? On attend de lui jeter des pierres en se cachant derrière les plus grands…ce qu’il peut être hideux et effrayant.
Quant à moi, j’attends avec impatience le retour des matous, les souris commencent à proliférer impunément.
Salma Cherqaoui
11 décembre 2008 à 13:34
Toute grisée, étais-je après chacune des trois lectures que je fis de ton billet, un peu prolifique pour la paresseuse apprenti que je suis…
Dieu excusera indubitablement mon léger péché, puisque c’est Lui, ainsi que Venus, qui sont pour cause de la Beauté, et s’en enivré n’est point crime à mon avis…
Occupée par mes fonctions, ensembles et applications, je ne t’ai nullement remercié pour ton commentaire, où tu m’as souhaité un joyeux anniversaire…
Avais-tu remarqué que ton souhait a été exhaussé, et que le soleil avait brillé ce jour-là? … mais non à mon honneur seule, puisque j’ai appris d’Hélios qu’il avait fait brillé le grand astre pour moi, ainsi que pour Rayan…
Sinon, sacré fils hein!
Ses yeux fusent beaucoup de bonheur… Il est adorable!
Aid moubarak !
Tu me manques,
Salma Cherqaoui
kb
16 décembre 2008 à 14:35
Belle ambiance tendrement décrite qui me replonge dans les délicieux souvenirs d’une enfance cornue…sinon sacré fils, qui l’a échappé belle. Béni soit le bélier préservant son droit d’aînesse au premier né en tablant que les autres suivrons…car si les chats tardent à revenir, la chatte elle reste bien à portée de main
Houda…t’es belle
Et j’en bêle
Et j’en bêle
…
…
kb…herrrrmma
CL
23 décembre 2008 à 11:24
La sagesse de l’enfant élu ébranlant son géant de père ressemble à celle des fils de lucifère toujours en quête d’un mal plus puissant, plus fin, plus subtile…pour surpasser leur père dans sa philantropie.
Excellente fête apparement!
yugurta
23 décembre 2008 à 13:57
Vous auriez raison de me qualifier de volatile paresseux… C’est que de pareils commentaires émanant de si illustres scrutations appellent une seule réponse… La suite des divagations du nain dans quelques petites heures… En votre honneur, nous quitterons nos chaumières pour le “Chemin de Lumière” de CL qui donne froid dans le dos… A la façon de maçons bâtissant “La Raison” à partir du Néant….
Ahmed Kachkach
1 février 2009 à 10:44
Yugurta.
Je suis ravi de t’avoir rencontré hier, Mais si! Ahmed, capuche, et … Skyblog (Oui Skyblog, c’est tout ce que j’ai mérité cette année :-D).
J’ai aussi eu l’honneur de rencontrer ton (si courageux!) fils =D Qui te ressemble d’ailleurs énormément! (Je suis loin d’être le seul qui ai fait le rapprochement)
Bonne soirée en somme, immense déception au niveau des Prix remis (Je dirais dans toutes les catégories à quelques exceptions prés!).
A la Prochaine.
Ahmed