Réflexions actuelles
Mes parents m’ont nommé Nepotek mais les gens d’ici m’appellent “le bon âne né” pour ma notoire aversion envers les camélidés.
Depuis des temps immémoriaux, mes ancêtres embaumeurs ont toujours veillé au bon déroulement des funérailles et surveillé farouchement les tombes gîsant sous les sables.
A mon tour, voilà déjà 70 ans que j’ai hérité cette fonction millénaire.
De jour comme de nuit, je déambule entre les sépultures circulaires de ce cimetière planté au beau milieu du désert.
Dissuader profanateurs et pilleurs avides est une mission hautement périlleuse confiée aux hommes d’honneur indifférents à la gloire.
A chacun de leurs raids d’hiver, ces nécrophages reviennent plus nombreux, mieux armés et enhardis par la promesse d’une fortune rapide que leur faisait miroiter leur leader en les gavant de substances stupéfiantes.
Pour protéger les innombrables trésors ensevelis dans cette nécropole des Seigneurs Touaregs, je suis dans l’obligation de me faire aider par mes revenants, équipés de massues rudimentaires hérissées d’épines empoisonnées au cyanure.
L’inégalité des combats était ainsi rééquilibrée par la démence de ces “janissaires de l’au delà” qui recherchaient furieusement la délivrance de leur condition zombie en une seconde mort sur le champ de bataille.
A ce jour, les assaillants ont toujours rebroussé chemin bredouilles aprés avoir subi de lourdes pertes.
Aucune femme libre ne voulait m’épouser, pas même une vieille veuve sans famille.
Je m’étais rendu à l’évidence… Personne n’accepterait de bon gré un homme sédentaire, sans troupeau de chamelles ni serviteurs.
Hormis ces splendides jeunes filles revenues d’entre les morts.
Mises en terre par leurs clans respectifs, repartis ensuite les uns vers Goa, les autres vers Niamey ou Amgala, leur décés avait été jugé suffisamment suspect pour qu’on leur laça au poignet droit “le lasso du réveil”, fine liane tressée de grelots et reliant la chambre funéraire à la surface à travers un orifice étroit.
J’étais alors généreusement rémunéré pour veiller au chevet de la tombe en épiant un éventuel retour sonore à la vie.
Je me souviens de chacun de ces morts encore vivants et du moment interminable durant lequel je scrutais le moindre frémissement des clochettes.
La vent s’amusait à me jouer des tours malicieux et je ne compte plus les fosses excavées en vain.
Ces nymphes furent la récompense de mon zèle alors que je désespèrais, qu’un jour, l’une ou l’autre émergea à temps de sa torpeur cataleptique.
Mon désir atteignait son paroxysme lorsque, entourées de leur famille, je les déposais au fond avec délicatesse, emmaillotées comme des nouveaux nés dans leur linceul bleu pétrole.
Leurs traits sereins, leur nez aquilin et la peau lisse de leur main libre les rendaient irrésistibles bien au delà du trépas.
Rien ne réussit pourtant à me faire oublier ni ces hurlements d’outre tombe, d’abord étouffés puis de plus en plus stridents au fur et à mesure que je déblayais le caveau du revenant supposé, ni la terreur affichée sur ces visages rêches.
N’ayant pu raviver une étincelle de raison dans l’esprit hagard des mâles délivrés, je ne gardais que les gaillards aptes à intégrer ma “légion des dunes”.
Les autres étaient livrés à leur funeste sort et je ne les empêchais pas de partir vers l’horizon sans espoir de retour.
Savoir pourquoi seules les ressuscitées avaient recouvré leur âme et un semblant de lucidité resta une énigme jusqu’au jour où l’une d’elles me confia que leur décés n’était qu’un stratagème, concocté par les guérisseuses, pour éviter un mariage non désiré.
Elles gageaient toutes que Nepotek, la “Sentinelle du Néant”, entendrait le son des clochettes et les sauveraient une fois leur clan nomade reparti au loin.
Mais elles ignoraient que ces sorcières ne rechignaient pas à exaucer également la volonté des pères, soucieux de fuir la honte d’une parole non tenue et l’opprobe de leurs pairs.
Les philtres absorbés en toute confiance, loin d’être de simples subterfuges censés reproduire les symptômes de maladies invalidantes, étaient en réalité de puissants poisons auxquels ces jeunes filles résistèrent par miracle mais non sans séquelles.
C’est ainsi, qu’au jour d’aujourd’hui, je suis passé, alimentation exclusivement lactée oblige, d’une chèvre et de son bouc à un troupeau de plusieurs centaines de “bêtes” mené aux pâturages par mes 7 femmes et nos nombreux enfants.
Tout ce beau monde vaque à ses occupations le sourire aux lèvres et notre vie s’écoule dans la sérénité et l’opulence…
Sauf lorsqu’elles s’entendent pour me poursuivre toute la nuit et que je dois me résoudre à me cacher dans les tombes les plus anciennes dont, mystérieusement, elles craignent de s’approcher de trop prés.
Gravé en runes tifinagh authentiques sur la dalle de granit obturant la sépulture la plus imposante, le Grand Akka “Kuçaïla” continuait à quémander le pardon d’ Oqba Ibnou Nafiî Al Fihri, l’apôtre lâchement assassiné dans le dos :
“…
Que Celui qui apporta La Lumière veuille aussi lontemps que survivra cette roche recevoir ici la complainte du pénitent maudit.
Sur les conseils des “Fils du Fer”, inquiétés dans leur hégémonie, garantie par nos guerres incessantes, mon forgeron m’a trahi.
Il m’a tendu un poignard émoussé pour sacrifier de mes mains le chameau choisi tout en sifflant à mon oreille son infâme perfidie.
Ma tunique immaculée fut souillée de sang sous le regard de tous Les Nobles selon lesquels un tel geste n’aurait dû être consenti.
Submergé par la colère de l’insulte, ce n’est que trop tard que je réalisais avoir planté ce poignard meurtrier dans ton dos meurtri.
…”
Le reste du testament n’avait pas résisté à l’érosion du sable. Quelques lettres éparses étaient dénuées de sens.
Jusqu’à hier, la lignée des Akka a su survivre aux représailles déclenchées par les guerriers musulmans suite à ce meurtre.
Le dernier descendant de ces seigneurs de guerre a été inhumé la veille, la clochette au poignet.
En prenant bien soin d’en taire les circonstances exactes, ses tuteurs m’avaient affirmé que le jeune défunt avait subitement succombé au cours d’un rite d’initiation secret.
S’il ne se réveille pas avant le crépuscule, je retirerais les grelots et mon dernier client aura clôs une dynastie.
En l’absence de laquelle, ce lieu et ses habitants seront vite désertés par les vivants et abandonnés aux 4 vents.
Il ne me restera alors d’autre recours que de piller moi même ces fabuleux trésors enfouis avec les pères des pharaons dans ces obélisques à l’envers.
L’un aprés l’autre, je détrousserais ces maccabés de leurs monceaux d’or et d’argent.
Puis je m’en irais armer une caravane de mules pour transporter mon sérail…
Jusqu’à la lointaine Casa.
" Merci d'être là où "Science sans conscience n'est que ruine de l'Âme".
Chapeau bien bas aux nobles mécènes qui soutiennent ce Blog et à Nabil en particulier. Je lui dédie ces primeurs, dégurgitées alors que je bronzais nu sur une plage, rassurez vous, déserte."
;;;;;;;;
24 décembre 2008 à 1:05
Submergé par la colère de l’insulte, ce n’est que trop tard que je réalisais avoir planté ce poignard meurtrier dans ton dos meurtri.
…”
waaayli
24 décembre 2008 à 12:45
pour l’amour du ciel oui viens à Casa :))
décidément si tu continues à pâmer de la sorte tu trouveras bien seul vivant entre les morts!
psst on a un truc pour toi par ici, fais signe!
CL
24 décembre 2008 à 14:37
Les valeureux guetteurs de la nuit casablancaise seraient en garde devant le portail de la cité, attendant impatiemment ce trésor venu de loin, non pas l’or, mais la Lumière que Nepotek a longtemps puisé dans les secrets des âmes damnées. Pour transporter cette Lumière, il te faudrait une vierge au sang bleu, que tu trouveras certainement dans quelques rêveries nébuleuses…
waaayli
24 décembre 2008 à 15:01
CL, on arrive pas à te commenter chez toi!
trouve le moyen de régler ça au plus vite
CL
24 décembre 2008 à 20:58
Waaayli, merci pour la remarque.
Tu peux désormais innonder de commentaires ce blog encore à la recherche de lecteurs
tagdite
25 décembre 2008 à 21:46
Que de mots mauvais
Qui sortent de l’humain
Pauvre de mots parfaits
Se sauve de chagrin
De n’avoir pas les mots justes
Pour affiner ses pensées
Oh! c’est injuste
Pauvre destinée
Que de te bannir ainsi
De langages finesses
Pas facile l’outil
De défense délicatesse
Je vie riche de mes mots
Et pauvre de l’or
Mais pas vide de mon corps
De discuter sans faute
En tenant jusqu’au bout
D’une conversation correcte
Sans larmes sur mes joues
Par la constante d’être honnête
tagdite
Houdac
28 décembre 2008 à 11:08
J’attends impatiemment de faire partie de la cohorte des chasseurs couchés sur le tapis enluminé de tes fresques. A quand le bonheur ?
MG
29 décembre 2008 à 15:22
Le désert et ses mirages, le désir et ses rémiges déployées dans l’azur à l’affut d’une proie terrestre réparatrice d’une faim rassasiée par acte rapace légitime pour survivre et permettre à la victime de mémoriser le danger qui guette et affiner dans la progéniture l’instinct de conservation pour une pérennité du cycle de la chaine de subsistance obligatoirement alimentaire.
Mais alors les morts sont des despotiques par procuration, des nécrosés qui aspirent par la volontés des vivants de continuer à sévir à posséder et à déranger l’ordre de la jungle.
Les vivants conscients font leur devoir de remettre les morts à leurs trous en leurs soustrayant des trésors indus, chasser et combattre ces profanateurs en somme justiciers relève du sacrilège.
Les morts simulés ne méritent pas la vie , pour vivre il faut affronter la mort et feindre la mort est une démission que Népoteck complice n’a pas compris que lorsqu’il a pensé à profaner les tombes des morts possesseurs de trésors.
Inyoureyes1
31 décembre 2008 à 16:30
Une nouvelle, qui, en un rien de temps, a fait ressurgir en moi des sensations que je pensais avoir enfoui à jamais dans les abysses de mon inconscient. Un raz-de-marée émotionnel, éprouvé à la lecture de l’Arrache-coeur, de Boris Vian. Sans espérer les ramener à la vie, Jacquemort, d’abord psychanalyste, d’abord sondeur des âmes vivantes, tourmentées, remuantes, ramène des corps inertes, impassibles sur la rive, les repêche avec ses dents. Pour avoir (aussi) ressuscité Jacquemort, Népoteck m’inspire une profonde sympathie. Je l’en remercie.
IyE
P.S : Désolée pour les si nombreuses non-réponses sur ce cimetière qu’est devenu mon blog, je promets de me ressaisir !
tagdite
3 janvier 2009 à 22:04
de passage bonne et heureuse année a notre yugurta et aux b logeur
yugurta
9 janvier 2009 à 16:22
Mer !
Enfin !
Vous !
NOUS !
Mer si belle !
Mer si calme !
Lorsqu’on s’y perd en empruntant à La Lumière Sa Licorne
pour espérer trouver le Chemin de votre regard !