Réflexions actuelles
Luciole logée dans son interstice, j’attendais que le jour fonde et que la nuit règne.
Dans une casbah perchée sur un piton rocheux au milieu d’un cratère, un enfant se couche à la rencontre de Peter Pan.
Tout en quêtant La Muse entre les étoîles logées par la meurtrière, son père entame une contine en murmurant.
Ansit wa nam…
Kan yama kan fi a3sari zaman,
tifloun irtada zay arrijal li yanala minhoum.
Touhqa Kiça touhou 3inda maliqatine la zalate tou hibou hou
Ja a ilay ha farran min kawmin mouta jahil.
” Oyé Oyé … Les passagers en partance pour l’aube des temps sont priés de se présenter à l’embarquement.”
Le commerce temporel C T banalisé au point qu’on acceptait même les enfants.
Caduque était devenue la vision d’une préhistoire habitée par des arriérés.
La vérité de visu ridiculisait la science du 21ème siècle.
Les archéologues n’en finissaient plus de rire à la barbe des anthropologues.
Les linguistes massacraient tout philosophe sacralisant encore l’Evolution.
Les voyages dans le Passé avaient ressuscité la splendeur des Textes Révélés qui clamaient, depuis des lustres, que les derniers millions d’années avaient vu le genre humain dégénèrer de façon générale.
Leur prosélytisme tenait sa revanche.
“…Même en cas de pénurie alimentaire”, disaient-ils,” croiriez vous qu’ Adam et Eve auraient pu être anthropophages en l’absence de tout semblable à consommer ?”
Si ce couple est un mythe, expliquez nous donc cette aversion génétique qui répulse en chacun(e) de nous l’envie même de manger de la chair humaine… Ou ce besoin irrépressible de fraterniser ?
Bactéries, virus, parasites, champignons et venins existaient bien avant nos procréateurs fondateurs.
Qu’Il et Elle aient été quasiment nus, sans aucun objet… Peu importe, ils n’ont jamais attrapé la grippe.
Comparés à nos ancêtres archi patriarches hyper immunisés, peu d’entre nous tiendraient longtemps sans thérapeutiques”…
Tétanisées à l’idée de ce saut dans les méandres du Temps, mes jambes refusaient la station debout.
N’ayant ni crocs ni griffes, mon instinct m’alarmait de l’absence de tout avantage compétitif en cas de pépin.
Quelque chose, ou quelqu’un, me disait de rester sagement scotché à mon siège dans cette salle bondée des nains ultra assistés que nous étions devenus… D’abord par peurs… Ensuite par facilités… Puis par habitudes… Enfin par prétention de suprématie.
Des myriades de souvenirs estompaient peu à peu ma conscience des derniers appels à l’embarquement.
” Garde les pieds sur terre..” me répétait souvent Jadi.
Nous allions déambuler nonchalamment sur le sable humide ou le granite rose.
Il ne me racontait jamais ses réussites, seulement ses élans.
Il me projetait doucement en dehors des sermons et serments.
“Fiston, de disponible, d’hospitalier sur Terre au Commencement… Ni arbre, ni grotte, ni trou en guise d’abri sur le continent… De rares îlots insalubres émaillaient les marécages en prélude aux batailles futures… Ni soleil, ni eau potable, ni sel… Comment nos ancêtres ont-ils chevauché La Nature à raison d’ 1 bb/an ?… Rien de faible ne survivait… Si nous sommes là aujourd’hui, plus vulnérables que jamais auparavant, c’est qu’autrefois ils et elles ont su être les plus forts…. Mais c’est normal, fiston, nous sommes tellement β qu’on a enfumé les fées et bitumé La Terre sous des milliards de pneus nommés Good Year “…
Il me manque Jadi.
Jamais laconique, encore moins taciturne.
Il m’a gentiment inculqué sa curiosité de chasseur de trésors.
De la béatitude évanescente qui m’envahissait, rien ni personne ne pouvait m’arracher désormais.
Quelle force devait-il nourrir pour que ces mânes conjuguent mes choix au futur ?
” Retourne au village… Tel est ton voyage…” me souria-t-il avant de s’évanouir.
C’est ICI, prés de Toi, qu’il a tenu à être inhumé.
Sous ce silex qu’il a sculpté au mercure rouge au gré de ses visites d’alors.
Il me disait que nous, les Amazighs, sommes moins cléments avec les nôtres qu’avec Autrui.
Il m’a toujours aimé. Jamais menti.
La preuve, Tu es devant moi.
Reine entre les Rocs.
Imperturbable”.
Quittant de bon gré ma tanière, je m’allume dans la nuit.
Pour nous, les lucioles, un nouveau jour commence.
" Merci d'être là où "Science sans conscience n'est que ruine de l'Âme".
Chapeau bien bas aux nobles mécènes qui soutiennent ce Blog et à Nabil en particulier. Je lui dédie ces primeurs, dégurgitées alors que je bronzais nu sur une plage, rassurez vous, déserte."
Cherqaoui Salma
9 août 2008 à 16:41
Salut
!!
Encore une fois, cher ami, tu as excellé en matière de rédaction et tu nous as apporté avec sincérité et fidélité cette histoire sympa que j’ai aimé et apprécié.
En lisant ton article envoutant, on se demande moult et moult questions sur la vie des aieuls de nos aieuls et sur leur mode de vie .
Comme la vie évolue à grand pas (à pas géant je dirais même)…
La délicatesse dont tu jouie à narrer les évenements est vraiment spéciale. Elle ensorcelle le lecteur pour qu’il tombe fou amoureux de tes écrits, tel l’appas d’une jeune femme.
A très bientôt !
Bisous !
Yugurta
11 août 2008 à 11:36
Si ces quelques mots réussissent à vous transporter ailleurs, ne serait-ce que pour un moment, croyez bien que j’en suis spécialement honoré. Supposé ressembler à cette “plage déserte” où je bronze toute l’année, ce blog rassemble les rares internautes que l’humour de l’Amour n’inquiète pas.
Ces articles puisent leur essence dans l’une des facettes de La Vérité et leurs racines assoiffées se désaltèrent de l’eau de votre regard.
@ Salma : Tu m’as inspiré le titre de ce dernier article. Ce qui, curieusement, ne m’étonne guère. Ton apport a été phénoménal (je pèse mes mots).