19 Mai 2008. Nord de l’Inde.

Le soleil ne s’est pas encore levé sur ce petit village au sud de la province pauvre de l’Uttar Pradesh où quasiment plus personne n’a les moyens de doter sa fille pour la marier.

Une mère de 12 ans à l’agonie imagine l’incinération à quelques pas de là de sa fille, un foetus de 4 mois.

Elle n’entend pas le moteur du véhicule qui démarre avec à son bord une grande glacière blanche barrée d’une croix rouge. Le père, un septuagénaire aussi noueux que les racines d’un arganier, compte lentement les liasses de roupies reçues en contrepartie du petit corps encore chaud dont les organes sont impatiemment attendus à l’Aéroport Kennedy par les parents nantis du pauvre petit Samuel.

La “faiseuse d’anges” en a eu du “riz sur la planche” pour extirper cet être vivant du fond de l’utérus de sa fille de mère.

Cet acte fut autrement plus ardu que l’avant dernier tube de Madonna qu’on dirait inspiré d’une barre de Kit Kat.

15 siècles plus tôt, absence d’échographie oblige, on s’obligeait à attendre la naissance d’une fille pour l’enterrer vivante dans le sable brûlant du Désert d’Arabie ou on l’offrait, de l’un des sommets de la cordillière des Andes, à la lave lovée tel un dragon au fond d’un volcan élevé de peur au rang de divinité avide de vierges hurlantes.

Ces basses besognes étaient et sont toujours assurées par des “hommes” qui n’épargnaient que les garçons, ces armes à l’oeil, si nécessaires aux champs de bataille.

Par une volonté de revanche transcendant l’Histoire ou par amour maternel d’outre tombe pour leurs soeurs suppliciées, les survivantes ont stoïquement traversé ces ténèbres innommables…

Avec la foi jamais ébranlée qu’un jour LA PAIX sera là, que leur mari et fils pourront sagement rester près d’elles et que c’en sera fini de ces éternels adieux la larme à l’oeil ???

On peut rêver mais le doute est là.

La femme du 21è siècle a intégré l’armée, elle pilote des avions de chasse, fabrique des armes de destruction massive, sert de garde du corps aux dictateurs les plus exigeants; on la retrouve mercenaire ici, révolutionnaire ailleurs, elles ont brillé dans les haganat en palestine et en Bosnie comme étant des snipers au sang froid hors pair.

De là à spéculer que la prochaine guerre Mondiale sera robotisée, à défaut de main d’oeuvre masculine, et verra s’affronter, par souris interposées, 300 hétéros et 3 millions d’homos…

Il n’y a qu’un pas, que ne franchirait pas même la plus larmoyante des chouwafates de Jamâa El Fna.

Et elle aurait raison car, avec un catalogue de plus de 6 milliards d’articles, il y a fort à parier que les robots devront attendre la fin des dégraissages entre humains pour les “enterrer” à leur tour.